Dialogue in DRC: What if we are missing the point?

Dialogue 3

For more than a year now, Congolese political life has been focussed on Dialogue. 2015 was punctuated by the publication in February of the UDPS’s roadmap, by dozens of declarations from politicians, civil society and international partners, the presidential “consultations” launched at the end of May,  the waltz of international envoys to facilitate the holding of this forum, and Joseph Kabila’s Call for Dialogue at the end of November. And since then? Still nothing.

Should we participate or not? What will be discussed? What would be its structure and duration? Who is authorised to convene it? What would be the legal basis for the decisions made? What are the hidden agendas? Should it or should it not open the way for a new period of transition? In short, there are many questions which divide the political class into those who are pro- and anti-Dialogue.

Points in common and differences

All stakeholders agree that the CENI global electoral calendar is unenforceable and that it is necessary to obtain a broad consensus for a new timetable. The registration of several million voters who have become eligible since 2011 seems also to be agreed upon unanimously. Furthermore, all involved concur that the electoral violence of 2006 and 2011 must be avoided in 2016 at all costs.

The big differences are centred around the number of elections to organise as well as their financing, the composition of the CENI, whether or not to have international mediation, and even the necessity to organise a Dialogue when all these issues can be discussed within existing institutions.  As for the enrolment of Congolese citizens living abroad, opinion is constantly changing.

A few months before the deadline

The electoral process is deadlocked.  The opposition, which swears by democratic change of power, has accused the Majority of dragging its heels. It is worried that the Majority is just using Dialogue and other subterfuges to stay in power beyond 2016, whereas the Majority asks other stakeholders not to get fixated on dates, but to discuss a compromise for the electoral process. There is a glaring lack of confidence amongst all players and the demonstrations planned in the next few weeks by each political camp add further tension to the situation.

According to the Constitution, the transfer of power from Joseph Kabila to his successor must take place on 19 December 2016. Just eleven months from the deadline and considering the different prerequisites, I don’t see objectively how the timeline can still be respected. All stakeholders hold some responsibility and every day that passes affirms a little more the much criticised “glissement”.

It’s probably with this in mind that the Opposition leaders seem more and more willing to contemplate the idea of a popular uprising to topple the Kabila regime.  For its part, the Majority has confirmed that it will maintain public order at all costs. The stage is set for a confrontation, even if the Catholic Church and partners have been trying for several weeks to calm the situation by inviting all parties to talk.

I’m convinced that street violence cannot lead to a lasting solution. At the very most it will allow certain players to arrive strengthened at the negotiating table. My belief is that a Dialogue, by whatever name or form it takes, will take place sooner or later.

And what if we are missing the point?

If Dialogue has taken up everyone’s energy for more than a year, it is because it’s the only peaceful means to face the challenges which we see today in the DRC. More than just the organisation of free, fair and transparent elections in a peaceful environment, the issue is to succeed in the first peaceful transfer of power in the country’s history. In other words, organise the smooth departure of Joseph Kabila from the presidency.

Only dealing with electoral matters during the Dialogue would be the equivalent of believing that Joseph Kabila gained his power through the ballot box, and it would be a mistake. As I stated in my last article, Joseph Kabila, like many of his counterparts in the region, got his power by force. Furthermore, his opposition often accuse him of ruling through violence and intimidation. A Dialogue which aims to organise his peaceful departure from power, must therefore also lead to a compromise on the questions of the military and security forces.

There can be no peaceful transfer of power without provisional arrangements concerning the security system. It’s an essential element that the stakeholders, who will sooner or later find themselves around the negotiating table, should add to their agenda.

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Dialogue en RDC: Et si on passait à côté de l’essentiel ?

Dialogue 3

Depuis plus d’une année maintenant, la vie politique congolaise est rythmée par le Dialogue. L’année 2015 a été ponctuée par la publication en février de la Feuille de route de l’UDPS, par des dizaines de déclarations des politiques, de la société civile et des partenaires sur le Dialogue, les consultations présidentielles lancées fin mai, la valse des émissaires internationaux pour faciliter la tenue de ce forum, et sa convocation fin novembre par Joseph Kabila.  Et depuis ? Toujours rien.

Faut-il y participer ou pas ? De quoi va-t-on discuter ? Quels seront son format et sa durée ? Qui est habilité à le convoquer ? Quelle base juridique pour les décisions qui vont en sortir ? Quels sont les objectifs inavoués ? Doit-il déboucher ou non sur une nouvelle transition ? Bref, plusieurs questions qui divisent aujourd’hui la classe politique entre pro et anti-Dialogue.

Points de convergence et de divergence

L’ensemble de parties prenantes est d’accord sur l’inapplicabilité du calendrier électoral global de la CENI et la nécessité d’obtenir un large consensus pour un nouveau calendrier. L’enrôlement dans le fichier électoral des « nouveaux majeurs » semble également faire l’unanimité. Selon les déclarations des uns et des autres, il faut à tout prix éviter en 2016 les violences électorales de 2006 et 2011.

Les grandes divergences tournent surtout autour du nombre d’élections à organiser ainsi que leur financement, la composition de la CENI, la nécessité d’avoir ou non une médiation internationale, et l’opportunité même d’organiser un Dialogue alors que des échanges peuvent se tenir au sein des institutions. Quant à l’enrôlement des Congolais de l’étranger, les positions sont fluctuantes.

A quelques mois de la deadline

Le processus électoral est bloqué. L’Opposition, qui ne jure que par l’alternance démocratique, accuse la Majorité de faire trainer les choses. Elle craint que la Majorité ne se serve du Dialogue et autres subterfuges pour se maintenir au pouvoir au-delà de 2016, alors que la Majorité invite les autres parties prenantes à ne pas avoir de « fixisme » sur les dates, mais à discuter d’ un compromis sur le processus électoral. Le déficit de confiance entre les acteurs est criant et les manifestations prévues dans les prochaines semaines par chaque camp politique crispent davantage la situation.

Selon la Constitution, la passation de pouvoir entre Joseph Kabila et son successeur doit se tenir le 19 décembre 2016. À onze mois de l’échéance et en considérant les différents préalables, je ne vois objectivement pas comment les délais peuvent encore être respectés. Toutes les parties prenantes portent une part de responsabilité et chaque jour qui passe consacre un peu plus le « glissement » tant décrié.

C’est probablement parce qu’ils en sont conscients que les  leaders de l’Opposition semble de plus en plus caresser l’idée d’un soulèvement populaire qui emporterait le régime Kabila. La Majorité affirme pour sa part qu’elle maintiendra l’ordre public à tout prix. Le décor pour un affrontement est planté, même si l’Eglise catholique et les partenaires tentent depuis quelques semaines de jouer l’apaisement en invitant toutes les parties à dialoguer.

Je suis convaincu que les affrontements de rue ne peuvent pas conduire à une solution durable. Ils peuvent tout au plus permettre à certains acteurs d’arriver renforcés à la table des négociations. Ma conviction est qu’un Dialogue, peu importe le nom et le format qu’il prendra, aura lieu tôt ou tard.

Et si le Dialogue passait à côté de l’essentiel?

Si le Dialogue absorbe toutes les énergies depuis plus d’une année, c’est parce qu’il est le seul moyen pacifique de relever le défi qui se pose aujourd’hui à la RDC. Plus que l’organisation d’élections crédibles et transparentes dans un climat apaisé, l’enjeu est de réussir  le premier transfert pacifique du pouvoir de l’histoire du pays. En d’autres termes, organiser le départ en douceur de Joseph Kabila de la présidence de la république.

Ne traiter que des questions électorales lors du Dialogue équivaudrait à considérer que Joseph Kabila tire son pouvoir des urnes, et ce serait une erreur. Comme je l’ai soutenu dans mon dernier article, Joseph Kabila, à l’instar de plusieurs de ses homologues de la région, tire son pouvoir de la force des armes. D’ailleurs, son opposition l’accuse souvent de gouverner par la violence et par défi. Un Dialogue qui vise à organiser son départ pacifique du pouvoir, doit donc également traiter et aboutir à un compromis sur les questions militaires et des forces de sécurité.

Il ne peut y’avoir d’alternance pacifique sans dispositions transitoires sur l’appareil sécuritaire. C’est un élément essentiel que les parties prenantes, qui se retrouveront tôt ou tard autour d’une table, devrait rajouter à leur cahier des charges.

Kabila in Katanga- Reading between the lines

For around two weeks now, Congolese political news has been dominated by the return to Lubumbashi of Governor Moïse Katumbi on 23 December 2014, alongside various interpretations of his metaphor-rich speech in front of an immense crowd at the Place Moïse Tshombe. It is now widely understood that Katumbi opposes a third term in office for Kabila and also has the support of the president of the Provincial Assembly Kyungu wa Kumwanza, who himself campaigns against the territorial division outlined in the 2006 constitution.

President Kabila, compelled to react to the turmoil faced by his majority at the centre of his electoral heartland, addressed a meeting of the political elite of Katanga on 5 January 2015, and called on leaders to rally together and preserve the unity of Katanga. However, neither the governor nor the president of the Provincial Assembly was present.

The main points of his speech

The most noteworthy points in the President’s speech were, firstly his silence on a possible candidature for 2016, secondly his wish to go through with the territorial division and thirdly his desire to keep working until the final day of his term. He also made a point of reminding leaders that he is just as much a Katangan as they are, and that the province, although rich, is not superior to others. Furthermore, he refused to respond personally to either individual comments or political polemics. However, a more detailed analysis of his proposal reveals that he did respond indirectly to both the governor and president of the Provincial Assembly.

What he said and what went unnoticed

From the 30th minute of the speech (link below), President Kabila reminds the provincial authorities of Katanga that they do not have a different statute to other provinces and that they have a duty to represent and respond to the central government as well as territorial bodies. Then in the 32nd minute he recommends that those who disagree with the central government resign. He sends a warning to those who might be tempted to use their position to start a trial of strength with the central government, reminding them that he gave them their authority and so they are accountable to him not the other way around.

President Kabila then goes further, mentioning questions of security at the heart of the province and actually threatening those who aim to divide the populations of Katanga (36:45’). He makes a commitment, from the 37th minute, to deal with those who want to destabilise the province, and to destroy all militia operating in Katanga.

The final veiled reference against Governor Katumbi is an economic one (53:40). The president talks about the numerous lorries transporting minerals that he sees when travelling to Likasi, Kolwezi or Kasumbalesa. It’s difficult not to make the link with the Governor’s transport company which enjoys, according to some, a kind of monopoly of minerals transportation in Katanga.

In a speech which was aimed at keeping the peace, Joseph Kabila nonetheless hints at points which could be considered useful angles of attack if Katumbi were to decide to officially distance himself from the majority. The State authority, the superiority of central government, as well as economic sanctions could be used against Moïse Katumbi if required.

An open confrontation between Katangans?

Opinion is currently divided. It is impossible to confirm whether or not President Kabila and Governor Katumbi are still on speaking terms. In public, however, the latter is keeping a certain distance from the former. For instance: Katumbi’s noticeable absence not only from the meeting on 5 January 2015, but also from his own farm when Kabila stopped there on New Year’s Day. It’s hard to believe that he had not been informed of this visit by the protocol.

What will be the political position of the Governor of Katanga in the medium term? Will he continue to keep one foot in the majority and the other outside or will he cross the point of no return? If Moïse Katumbi decides to officially break away from the majority in the coming weeks, the situation in Katanga will be more than tense. It is quite probable that the authorities, who would not accept having an opponent at the head of this strategic province, will try to remove him from his position as governor. We could refer to the examples of Vital Kamerhe in the National Assembly in 2009 or the election in Kinshasa in 2007 of a governor from the majority by a provincial assembly dominated by the opposition.

In the case of a split, it would also be difficult for a governor, turned opponent, but still legally answerable to the interior minister, to freely and fully perform his functions for two years.

Will Moïse Katumbi risk losing his position as governor and all the advantages associated with it? The difficulty for the majority, however, would be to get rid of the popular Moïse Katumbi who demonstrated his strength two weeks ago and who appears to have a large number of supporters in the Katangan political class. Who would follow him if he broke away from the majority and who would stay loyal to President Kabila? One thing is certain, Katanga would be divided.

Will we witness a divorce between Moïse Katumbi and Joseph Kabila over the coming weeks? I don’t think so. Neither one has any interest in such a confrontation. President Kabila would not risk turning his back on a part of Katanga when he has other burning issues to deal with. Furthermore, his attitude since his arrival in Katanga has been rather conciliatory.

As far as Governor Katumbi is concerned, he also has no interest in creating permanent conflict with a president of the Republic who still enjoys all the powers of his position and who, until it has been proved otherwise, controls the army. The position taken by the Governor of Katanga over the last couple of weeks has allowed him to put some pressure on a president who may not yet have made his decision for 2016, whilst at the same time positioning himself within the heart of the majority as a potential successor.

Joseph Kabila’s speech to leaders in Katanga https://www.youtube.com/watch?v=bMTsQwB8rIU 

Kabila au Katanga – Lire entre les lignes

Depuis environ deux semaines, l’actualité politique congolaise est marquée par le retour du gouverneur Moïse Katumbi à Lubumbashi le 23 décembre 2014 et les suites de son allocution imagée devant une immense foule rassemblée sur la place Moïse Tshombe. L’opinion en a retenu une opposition à un éventuel troisième mandat du président Kabila et le soutien apporté à Moïse Katumbi par le président de l’Assemblée provinciale Kyungu wa Kumwanza, qui milite lui-même contre le découpage territorial prévu par la constitution du 18 février 2006.

Le Président Kabila, obligé de réagir aux turbulences auxquelles fait face sa majorité au sein même de son fief, s’est adressé aux notables du Katanga le 5 janvier 2015 en l’absence du gouverneur et du président de l’Assemblée provinciale, appelant les dirigeants à se ressaisir et à préserver l’unité du Katanga.

Ce que l’on a retenu de son allocution

Les points de l’allocution présidentielle ayant retenu l’attention sont d’abord son silence sur une éventuelle candidature en 2016, puis sa volonté de mettre en œuvre le découpage territorial et enfin sa détermination à exercer sa mission jusqu’au dernier jour de son mandat. Il a d’ailleurs mis un point d’honneur à rappeler qu’il est aussi katangais que les autres leaders, et que cette province bien que riche n’est pas supérieure aux autres. Il a aussi dit qu’il ne répondrait à personne ni à aucune polémique politicienne. Une analyse plus détaillée de son propos révèle qu’il a tout de même répondu indirectement au gouverneur et au président de l’Assemblée provinciale.

Ce qu’il a dit et qui est passé inaperçu

A partir de la 30ème minute de la vidéo reprenant l’allocution (lien ci-dessous), le président Kabila rappelle aux autorités provinciales katangaises qu’elles n’ont pas un statut différent de celles des autres provinces et qu’elles ont obligation de représenter et répondre au gouvernement central en tant qu’agents de la territoriale.  Il se montre ensuite plus précis à la 32ème minute en recommandant à ceux qui ne sont pas d’accords avec le gouvernement central d’assumer en démissionnant. Il met en garde ceux qui seraient tentés de se servir de leurs positions pour s’engager dans un bras de fer avec le gouvernement central en leur rappelant que c’est lui qui leur a confié ces responsabilités (33ème) et qu’ils ont donc des comptes à lui rendre, et non pas l’inverse.

Le président Kabila va ensuite plus loin en évoquant les questions sécuritaires au sein de la province en menaçant carrément ceux qui tiennent un discours qui visent à diviser les populations du Katanga (36:45’). Il s’engage ainsi à partir de la 37ème minute à s’occuper de ceux qui voudraient déstabiliser la province et promet d’anéantir toute milice opérant au Katanga.

La dernière allusion voilée à l’encontre du gouverneur Katumbi s’est faite sur le terrain économique (53 :40’) lorsque le président a évoqué les nombreux camions transportant les minerais qu’il voit lors de ses passages à Likasi, Kolwezi ou Kasumbalesa. Difficile de ne pas faire de lien avec la société de transport du gouverneur qui bénéficierait, selon certains, d’une forme monopole dans le transport des minerais au Katanga.

Dans une allocution qui visait l’apaisement, Joseph Kabila a tout de même esquissé en creux les points qui pourraient constituer les angles d’attaque dont la majorité va se servir contre Katumbi s’il décidait officiellement de prendre ses distances. L’autorité de l’Etat, la primauté du pouvoir central ainsi que des mesures de retentions économiques pourraient être utilisés contre un Moïse Katumbi devenu opposant.

Vers un affrontement ouvert entre Katangais ?

Les sources divergeant sur ce point, il est impossible d’affirmer que le président Kabila et le gouverneur Katumbi n’entretiennent plus de cordiales relations en privé. En public cependant, le second affiche une certaine prise de distance d’avec le premier. En témoigne son absence remarquée lors de la réunion du 5 janvier 2015 avec les notables, ou celle du jour de l’an lors du passage surprise du président Kabila à sa ferme dont on imagine mal qu’il n’ait pas été prévenu par le protocole d’Etat.

Quel sera le positionnement politique à moyen-terme du gouverneur du Katanga ? Va-t-il continuer d’avoir un pied au sein de la majorité et l’autre en dehors ou va-t-il franchir le rubicond? Si Moïse Katumbi décide de rompre officiellement d’avec la majorité dans les prochaines semaines, la situation au Katanga sera plus que tendue. Il est très probable que le pouvoir, qui n’acceptera pas d’avoir un opposant à la tête de cette province stratégique, tentera de l’expulser du gouvernorat. Nous avons les exemples de Vital Kamerhe à l’Assemblée nationale en 2009 ou l’élection en 2007 à Kinshasa d’un gouverneur issu de la majorité par une Assemblée provinciale dominée par l’opposition.

En cas de rupture, il serait d’ailleurs difficile pour un gouverneur devenu opposant, mais légalement sous la tutelle du ministre de l’intérieur, d’exercer pleinement et librement ses fonctions (autorisations de sortie, etc.) pendant deux ans.

Moïse Katumbi va-t-il s’opposer au risque de perdre le gouvernorat et les avantages qui y sont liés? La difficulté pour la majorité serait cependant de défenestrer le populaire Moïse Katumbi qui a fait une démonstration de force il y a deux semaines et qui semble jouir de nombreux soutiens dans la classe politique katangaise. Qui sont ceux qui le suivraient dans une démarche de rupture et ceux qui resteraient loyaux au Président Kabila ? A coup sûr, le Katanga en sortirait divisé.

Assisterons-nous dans les prochaines semaines à un divorce entre Moïse Katumbi et Joseph Kabila ? Je pense que non, ni l’un ni l’autre n’ont intérêt à une confrontation. Le président Kabila ne prendrait pas le risque de se mettre une partie du Katanga à dos alors qu’il doit déjà faire face à plusieurs sujets brûlants. Son attitude depuis son arrivée au Katanga est d’ailleurs plutôt conciliante.

Le gouverneur Katumbi quant à lui n’a pas non plus intérêt à s’installer dans une confrontation permanente avec un président de la République qui jouit encore de tous les attributs de la fonction et qui, jusqu’à preuve du contraire, contrôle encore l’armée utile. Le positionnement affiché ces dernières semaines par le gouverneur du Katanga lui a permis d’un peu mettre la pression sur un président qui n’aurait pas encore pris sa décision pour 2016, en même temps qu’il s’est positionné au sein de la majorité comme l’éventuel dauphin.

Allocution de Joseph Kabila devant les notables du Katanga https://www.youtube.com/watch?v=bMTsQwB8rIU

DRC at a crossroads

Here, at the beginning of September 2014, the DRC is definitely at a crossroads. The political class is focused on the future of the 2005 constitution; will it be modified, replaced or kept? However, the political scene has been set and it reveals that there are both supporters and opponents of the current constitution.

Supporters of the 2005 constitution

There’s no surprise that opposition parties and civil society have come out publicly in favour of maintaining the current constitution. For them, the only aim of a change to the constitution would be to ensure President Kabila stays in power. However, if all political opponents currently give the impression that they oppose any change, let’s wait and see where they position themselves after the formation of the “national unity” government, expected in time for the re-opening of parliament in mid-September. Will those opponents who become ministers still be against the changes?

More surprising, however, is the fact that some voices within the presidential majority have come out against constitutional reform. MSR and SCODE are currently the two political parties who have publicly stated that there is no reason to amend the constitution. This shows that, contrary to popular belief, the presidential majority is not a monolithic group intent only on preserving the interests and/or carrying out the orders of its leader. Let us, therefore, wait and see where the hitherto silent members of the majority will position themselves. Are we witnessing a straightforward bargaining exercise by those with their sights set on the next government or a real desire to respect the rules set up by the referendum of 18 December 2005.

Equally, some international partners such as the United States have said very strongly that the current constitutional process needs to be respected. Are they finally going to go further than issuing warnings and strongly-worded recommendations?

Opponents of the 2005 constitution

A lot of voices within the PPRD as well as others within the majority are already openly campaigning for a constitutional change, citing several reasons.

First of all, they consider the current constitution to be flawed because it was written under pressure from war lords and multinational companies. Whatever the strengths and weaknesses of the current constitution, is it appropriate to change it now, two years before the end of the current term? Why not wait until after the next elections and thus minimise the risk of a political crisis?

Secondly, some opponents of the current constitution maintain that President Kabila requires more time in order to complete his reconstruction projects. Thus, initiatives like “Kabila Désir” have been set up to demonstrate to the Congolese Diaspora all that the government has accomplished in the last few years. Their need to disseminate the truth is legitimate. However, the founders of this project have failed to say where the colossal funds required for such an undertaking are coming from. Are there not better ways to spend that amount of money? And how much longer is required to complete the reconstruction of the country? Lastly, is there not anyone other than President Kabila within the presidential majority who is capable of advancing the country’s reconstruction?

Finally, supporters of constitutional reform are presenting President Kabila as the only one capable of guaranteeing the security and unity of a country on the verge of chaos. They consider him, in fact, to be the only person able to control the national army today. But, in that case, would he not also be the only recipient of the distrust and suspicion of the people of East Congo following the death of Colonel Mamadou Ndala and General Bahuma? How can we build a lasting peace without the support of the inhabitants of this region? All men are mortal, what would happen to Congo if President Kabila passed away unexpectedly?

A country at a crossroads

The DRC is currently facing great uncertainty. No one is in a position to predict what will happen in the coming months. Everyone knows where the country is coming from but no one knows with any certainty where it is going.

The present constitution with its ups and downs has somehow allowed a kind of balance and stability. The majority of politicians and others have used it as a benchmark to play the democratic game. This constitution has brought a stability which has allowed economic progress and could be seen as the basis of general interest.

For the first time, the country is about to experience a peaceful devolution of power with all that this would bring in terms of the practice of democracy and a positive impact on Congolese perception. This unprecedented momentum requires everyone to answer to the substantive issues for the greater good.

Is now the right time to change the constitution considering the uncertainty this might create? What advantages would a new constitution bring? What message is this sending to those people who, a few years ago, decided to access power through peaceful means?

Politics is always a balance of power. If supporters of constitutional reform obtain the referendum they are looking for, what are the technical measures to be taken so that the result reflects the will of the people and does not unleash a new political crisis?

The aim of this text is to highlight the progress made during the last decade. DRC still has considerable challenges to overcome, especially in terms of security, and the country needs a calm political landscape to meet these goals. Should we make the choice today, to plunge the country into uncertainty? Where is the interest in jeopardising the progress made through such tremendous sacrifices?

The different players in this situation should respond conscientiously to all these questions, and ask themselves whether their responses are motivated by public interest.

La RDC face à son avenir

En ce début de mois de septembre 2014, la RDC est plus que jamais face à son avenir. La classe politique est focalisée sur l’avenir de la constitution de 2005. Sera-t-elle modifiée, remplacée ou préservée ? Le décor politique est cependant déjà planté et il oppose partisans et opposants de l’actuelle constitution.

Les partisans de la constitution de 2005

Sans surprise, l’opposition politique et la société civile se sont prononcées pour le maintien de l’actuelle constitution, en pointant à juste titre d’ailleurs que l’unique but d’une modification serait de maintenir le Président Kabila à la tête de l’Etat. Si les opposants politiques donnent pour l’instant le sentiment de faire bloc contre tout changement, voyons quel sera leur positionnement individuel après la mise en place du gouvernement « de cohésion nationale » annoncé pour la rentrée parlementaire de mi-septembre. Les opposants devenus ministres seront-ils encore contre une modification ?

Plus surprenant par contre, les oppositions qui se sont manifestées au sein même de la majorité présidentielle. Le MSR et le SCODE sont les deux partis politiques qui ont pour l’instant publiquement estimé que du point de vue de l’intérêt général, il n’y avait aucune raison de toucher à la constitution. Contrairement à ce qui est largement répandu, il est intéressant de relever à ce stade que la majorité présidentielle n’est pas un bloc monolithique qui se limite à défendre les intérêts et/ou à exécuter les injonctions de son autorité morale. Attendons donc de voir quelle sera la position des autres ténors de la dite majorité qui sont pour le moment restés silencieux. Assistons-nous à un simple marchandage avec en ligne de mire le prochain gouvernement ou à une réelle volonté de respecter les règles du jeu fixées par le référendum du 18 décembre 2005?

Enfin, certains partenaires internationaux comme les Etats-Unis ont clairement pris position pour le respect de l’actuelle constitution. Iront-ils plus  loin que des simples mises en garde et recommandations appuyées ?

Les opposants de la constitution de 2005

Le PPRD, en tout cas certaines voix en son sein, ainsi que d’autres partis de la majorité battent ouvertement campagne pour une modification et même un changement de l’actuelle constitution en mettant en avant plusieurs raisons.

D’abord, parce que cette dernière serait imparfaite du fait d’avoir été élaboré sous la pression des belligérants, des multinationales et autres. Malgré ses faiblesses, réelles ou supposées, est-il opportun de changer ou de modifier la constitution à deux ans de la fin de la législature ? Pourquoi ne pas attendre après la tenue des prochaines élections et ainsi minimiser le risque de crise politique ?

D’autres soutiennent que le Président Kabila a besoin de plus de temps afin de parachever son œuvre de reconstruction. Ainsi, des initiatives comme « Kabila Désir » ambitionnent d’organiser à destination du Congo des charters plein de membres de la diaspora afin qu’ils se rendent enfin compte de toutes les réalisations du gouvernement. Ce souci de reconstitution de la vérité est légitime. Les initiateurs du projet ont cependant omis de dire entre autres d’où viendraient les fonds colossaux que nécessiteraient ces opérations. N’y a-t-il pas mieux à faire actuellement au Congo avec de telles sommes ? Ensuite, de combien de temps en plus ont-ils besoin pour parachever la reconstruction du pays ? Et enfin, n’y a-t-il personne d’autre que le Président Kabila au sein de la majorité présidentielle qui soit en mesure de continuer cette œuvre de reconstruction ?

Enfin les derniers partisans d’une réforme constitutionnelle placent même le Président Kabila comme le seul garant de la sécurité et de l’unité d’un pays menacé d’éclatement. Il serait en effet la seule personne, aujourd’hui, ayant de l’ascendant sur tous les commandants de l’armée. Dans ce cas, serait-il donc le seul destinataire de la méfiance et de la suspicion qu’entretient la population de l’est du Congo vis-à-vis du commandement de l’armée comme l’ont démontré les manifestions qui ont suivi les décès du Colonel Mamoudou Ndala et du Général Bahuma ? Comment donc pacifier durablement ces régions sans le soutien des populations concernées ? Tout homme étant mortel, le Congo n’existerait plus si le Président Kabila disparaissait inopinément ?

Un pays face à son avenir

Le Congo est aujourd’hui face à une incertitude. Personne n’est en mesure de prédire ce qui arrivera dans les prochains mois. Tout le monde sait d’où le pays vient, mais personne ne sait avec certitude où il va.

La constitution qui polarise aujourd’hui les esprits est le cadre qui a permis, tant bien que mal, une certaine forme d’équilibre et de stabilité. C’est sur cette base que la grande majorité de la classe politique et des forces vives ont joué le jeu de la démocratie et que des progrès notables ont été enregistrés, notamment sur le plan économique. C’est d’une certaine manière le socle sur lequel repose aujourd’hui l’intérêt général.

Pour la première fois de son histoire, le Congo a l’occasion d’assister à une dévolution pacifique du pouvoir avec ce que cela peut apporter à la pratique du jeu démocratique et symboliser dans l’imaginaire collectif. Ce momentum inédit nécessite donc des uns et des autres de répondre à des questions de fond du point de vue de l’intérêt général.

Est-ce le bon moment pour « toucher » à la constitution vue l’incertitude à laquelle elle peut conduire? Qu’apporterait en plus et/ou en mieux une nouvelle constitution ? Quel message envoi-t-on à ceux qui se sont engagés il y a quelques années à conquérir le pouvoir par des moyens pacifiques ?

La politique étant une question de rapport des forces, si les partisans d’une réforme constitutionnelle obtienne un référendum sur la question, quelles sont les dispositions techniques prises pour que le résultat de la consultation reflète la volonté populaire et ne se soit pas l’objet d’une nouvelle crise politique ?

Comme le montre ces quelques lignes, le Congo a fait des progrès considérables ces dix dernières années. Les défis à surmonter restent immenses, notamment sur le plan sécuritaire mais ils ont besoin pour cela d’un climat politique apaisé. Fait-on aujourd’hui le choix de plonger le pays dans l’incertitude ? Accepte-t-on de remettre en cause toutes les avancées acquises au prix d’énormes sacrifices ?

Les différents acteurs de la situation devraient répondre en âme et conscience à toutes ces questions en se demandant si leurs réponses sont motivées par l’intérêt général.