La candidature de Nkurunziza, premier défi à la « nouvelle Afrique» d’Obama

Bo et PN

Comme on s’y attendait depuis de long mois, c’est le samedi 25 avril 2015 que le Conseil National pour la Défense de la Démocratie-Forces de Défense de la Démocratie (CNDD-FDD) a désigné  Pierre Nkurunziza, Président de la République sortant, comme son candidat à la présidentielle de juin 2015. Le candidat Nkurunziza est donc officiellement en campagne pour un troisième mandat.

Ce fameux « troisième mandat » qui fait couler beaucoup d’encre depuis quelques années sur le continent. Dans le cas du Burundi, c’est l’interprétation des textes légaux qui opposent les forces en présence. La constitution dispose que le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois. Or Nkurunziza qui a été élu par le Parlement en 2005, n’a été élu au suffrage universel direct qu’en 2010. Selon la lettre de la constitution, il est en droit se représenter mais cette constitution est tirée des Accords de paix d’Arusha qui ont mis fin à une longue guerre civile (1993-2006). Ces accords disposent quant à eux que nul ne peut être Président de la République plus de deux mandats.

Ainsi, pro et anti-troisième mandat s’opposent depuis deux ans sur la légalité ou non d’un nouveau mandat de Nkurunziza, contribuant à tendre davantage un espace politique déjà crispé et verrouillé par un CNDD-FDD aux tendances autoritaires et interventionnistes vis-à-vis de l’opposition et de la société civile.

Nkurunziza candidat malgré les pressions

Comme on s’y attendait, l’officialisation de cette candidature a donné lieu à des manifestations à Bujumbura dont la répression a déjà malheureusement causé des pertes en vies humaines. Des morts de trop. L’éminent défenseur des droits de l’homme Pierre-Claver Mbonimpa a été arrêté lundi 27 avril alors que la principale radio indépendante du pays a été fermée. La situation est explosive : plusieurs milliers de Burundais se sont réfugiés dans les pays voisins alors que les Imbonerakure, jeunes du CNDD-FDD qualifiés de “milice” par l’ONU, sont accusés d’intimidation à l’encontre des opposants rappelant les Interahamwe rwandais de triste mémoire.

Il y a lieu de craindre les conséquences de cette candidature sur la stabilité du pays et celle de la région. Pourtant plusieurs acteurs nationaux et internationaux ont mis en garde contre la destruction de la paix obtenue à Arusha. L’opposition politique, les organisations de la société civile, l’Eglise catholique, l’ancien président Buyoya, le président Tanzanien Kikwete, le Secrétaire général de l’ONU Ban-Ki moon, son prédécesseur Kofi Annan, l’Union Africaine, l’Union Européenne, les Etats-Unis et d’autres se sont tous prononcés, à des degrés divers, contre un troisième mandat de Nkurunziza.

On imagine que toutes ces prises de position publiques des partenaires étrangers, notamment celles des Etats-Unis en pointe sur le dossier, ont été accompagnées de pressions plus ou moins appuyées en coulisse. Elles ont donc échoué.

Une candidature qui teste la volonté d’Obama

On se souvient du premier discours en terre africaine de Barack Obama en juillet 2009 peu après son élection : «L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes». Cette volonté affichée est depuis reprises par tous les officiels de son administration comme le Secrétaire d’Etat John Kerry, la Secrétaire d’État adjoint chargée des Affaires africaines Linda Thomas-Greenfield ou encore l’ancien Envoyé spécial pour les Grands lacs Russell Feingold.

Ce dernier, au moment de quitter ses fonctions en février 2015, a d’ailleurs réaffirmé l’opposition des Etats-Unis à un maintien au pouvoir de Nkurunziza, Sassou-Nguesso, Kabila et Kagame au-delà de leurs actuels mandats. Cette opposition de principe aurait pour but la consolidation de la démocratie dans ces pays touchés par de violents conflits à la fin des années 90. Ces quatre départs, certains plus que d’autres, sont presque devenus le symbole de la nouvelle politique africaine des Etats-Unis : deux mandats puis on s’en va.

Malgré toutes ces pressions,  Nkurunziza est candidat à un troisième mandat qu’il va probablement obtenir vue l’emprise de son parti sur les institutions étatiques et la commission électorale. Il était le premier maillon de la chaine et si ça finit par marcher pour lui, pourquoi Sassou, Kabila et Kagame ne feraient pas comme lui ? Chaque pays a son propre contexte mais les Etats-Unis ont lié les uns aux autres sur base d’un même principe, l’alternance au pouvoir.

Il est évident que les autres présidents suivent attentivement ce qui se passe actuellement au Burundi, en même temps qu’ils scrutent les réactions américaines.

Peu après l’officialisation de la candidature de Nkurunziza, plusieurs partenaires du Burundi ont exprimé leur déception. Le Département d’Etat a dit profondément regretter la perte d’une réelle occasion pour la consolidation de la démocratie. Les Etats-Unis disent maintenant espérer que la suite du processus sera pacifique et menacent de sanctions les responsables d’éventuelles violences. Je l’ai dit plus haut, le risque de violence est malheureusement élevé.

Mais au regard des déclarations précédemment faites, certaines questions me viennent à l’esprit. Que ferait l’administration Obama si le régime Nkurunziza réussissait à limiter les violences dans les prochains mois? Elle susciterait des violences en sous-main afin de pouvoir sanctionner Nkurunziza ou elle s’accommoderait de sa présidence conservée en dépit de leurs «recommandations» ? Jusqu’où les Etats-Unis sont-ils prêts à aller pour faire respecter le principe d’alternance au Burundi et dans les autres pays de la région ? Les prochains mois seront riches d’enseignements parce qu’en plus de faire respecter un principe auquel ils tiennent, il s’agit aussi d’être crédible par rapport à ses propos et de ne pas perdre la face.

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