Le #nigeriadecides est-il la 1ère phase d’un #africadecides ?

Le Nigéria a tenu son rang et vient de confirmer son statut de géant africain. Pour la majorité des observateurs, les élections du 28 et 29 mars se sont déroulées de manière libre démocratique et transparente.

Le Général Muhammadu Buhari et sa coalition d’opposition, le All Progressive Congress (APC), réalisent ainsi l’exploit de l’alternance en battant dans les urnes un parti au pouvoir depuis plus de 15 ans, alors que la majorité des observateurs pronostiquaient une courte victoire de Goodluck Jonathan.

Il convient ici de saluer le mérite des Nigérians qui se sont rendus aux urnes, bravant dans certains endroits les menaces de Boko Haram ; de féliciter le Général Buhari qui a réussi la première alternance démocratique du pays ; et enfin de louer la grandeur de Goodluck Jonathan qui a sportivement reconnu sa défaite et félicité son adversaire. Cette attitude d’Homme d’Etat va, je l’espère, éloigner le spectre des violences post-électorales que tout le monde redoutait.

Comment cette alternance a-t-elle été possible ?  

L’alternance, encore rare en Afrique, est pourtant saine en démocratie parce qu’elle empêche d’une part l’usure du pouvoir et ses conséquences ; et d’autre part, parce qu’elle est un gage de stabilité et de bonne gouvernance en permettant à un nouveau groupe de gérer la chose publique en apportant du sang neuf, des idées nouvelles et, on l’espère, de nouvelles pratiques.

Trois facteurs principaux ont permis à l’APC de réussir son pari de l’alternance : une volonté populaire de changement, l’union de l’opposition et une commission électorale indépendante.

  1. Le changement

La campagne victorieuse de Buhari s’est principalement articulée sur la fin de la corruption qui gangrène le pays et la lutte contre l’insécurité. Le peuple nigérian s’est clairement prononcé pour un changement de la situation actuelle. C’est d’autant plus frappant que le même Buhari a été largement battu par Jonathan en 2011. Cette alternance est donc la matérialisation d’une défiance populaire vis-à-vis d’un parti usé par le pouvoir dont la corruption était devenue l’une des caractéristiques.

  1. Une opposition unie

L’unité de l’opposition est souvent indispensable face à un parti au pouvoir profitant des avantages qui y sont liés pour s’enraciner durablement à travers le pays et s’offrir une clientèle fidèle. L’APC a été formé en février 2013 par le regroupement des trois principaux partis d’opposition, représentant par la même occasion une organisation politique suffisamment large en termes d’implantation et de moyen pour rivaliser avec le Peoples Democratic Party (PDP) au pouvoir depuis 15 ans. Plus qu’un simple regroupement d’opposants, l’APC a réussi à représenter une alternative crédible au régime sortant. La démarche suivie a donc été le désir commun d’alternance, l’élaboration d’un programme crédible puis la désignation démocratique du candidat le mieux à même de porter cette alternance.

  1. Une commission électorale indépendante

La transparence du processus avec des opérations de vote difficilement manipulables grâce à la biométrie a été un élément déterminant. Certains ont mis en garde contre les fraudes lors de la compilation des résultats mais la vigilance des Nigérians, qui publiaient les résultats en temps réel sur Facebook et Twitter, a permis d’éviter la publication de chiffres non conformes à la vérité des urnes. Le peuple s’est ainsi approprié cette élection de bout en bout avec le désormais célèbre #nigeriadecides.

L’alternance au Nigéria est-elle la première phase d’un changement plus large en Afrique ?

Chaque pays est unique et a un contexte particulier mais pour que cette alternance soit le début d’un mouvement plus large, je pense que les  trois points ci-haut sont indispensables.

Il semble qu’il existe en Afrique un profond désir de changement chez les peuples dont plus de la moitié des pays sont dirigés par les mêmes régimes voire chefs d’Etat depuis plusieurs décennies.

Cependant, les oppositions devraient être en mesure de représenter une alternative crédible à des partis au pouvoir solidement enracinés. Cela passe notamment par la création de coalitions suffisamment implantées avec un réel écho à travers les pays, capables de capitaliser sur le désir populaire de changement, tout en apportant une offre et des solutions politiques neuves.

Enfin, l’indépendance des institutions électorales vis-à-vis de toute influence politique est primordiale. La réussite d’élections libres et transparentes est conditionnée par plusieurs étapes politiques et techniques, notamment la garantie et le respect d’un certain nombre de droits et libertés, la fiabilité du fichier électoral, la garantie du vote secret ou encore la sécurisation de la transmission et du traitement des résultats électoraux.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s